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HISTOIRE ET CULTURE

Olivier, rescapé de Cyahinda qui pense à la réconciliation, « un mot utile »

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Garçon de 14 en 1994, Olivier raconte son calvaire au chroniquer du Journal « Le monde », mais pense toujours à « un mot non vain, la réconciliation ».

Avant le génocide contre les Tutsi de 1994, Olivier allait à l’école, jouait au foot avec ses camarades, et se rendait à l’église de Cyahinda(district Nyaruguru, province du Sud) chaque dimanche. Pour le petit garçon qu’il était, l’église représentait quelque chose : un sanctuaire, un refuge, un endroit pas tout à fait comme les autres. Hélas, il fut déçu en Avril 1994, son univers bascula.

A la radio, un sinistre refrain, « Tuzabatsemba », qui signifiait : « Nous vous exterminerons ». Quand les massacres commencèrent, c’est à l’église de Cyahinda que l’adolescent de 14 ans pensa. Il y serait en sécurité.

En journée, il se cachait dans la forêt, bravant la faim, la soif et la peur. La tombée de la nuit apportait l’espoir du mouvement, courir et fuir, mais  la pluie était une alliée : elle absorbait tous les bruits.

A l’église de Cyahinda, l’horreur : rivière de sang, tapis de cadavres déchiquetés, démembrés. Les tueurs étaient impitoyables, la seule chance est de quitter le pays. Le 22, il franchit la frontière burundaise.

Vingt-trois ans après, Olivier se souvient encore de la voix retentissante de Ladislas Ntaganzwa, Bourgmestre de la Commune Nyakizu, dans un haut-parleur, appelant ses confrères burundais à lui envoyer ces adolescents « paresseux » qui « fuient la famine »…

« Ndi Umunyarwanda », unification impérative, au pays sans ethnie

Vingt-trois ans après, Olivier ne comprend toujours pas pourquoi, et se demande ce qu’il a fait pour mériter un tel déchaînement de haine. Ce qu’ont fait les siens pour mourir aussi atrocement.  Olivier est réservé, son débit est lent, sa voix est douce. Il relate son expérience avec un calme qui déstabilise. On ne sent pas de haine en lui, une tristesse sourde et une profonde incompréhension.

L’expérience d’Olivier a influencé son rapport aux politiciens. Il nourrit vis-à-vis d’eux une méfiance de principe. Pour beaucoup de Rwandais, le personnel politique était en première ligne dans le désastre de 1994. « Vous les hommes politiques qui nous avez montés les uns contre les autres, maintenant vous nous demandez d’être unis. Eh bien montrez donc l’exemple ! »

Derrière la dénonciation de la classe politique, il y avait la demande d’une nouvelle manière de faire de la politique. Après le génocide des Tutsi, le peuple rwandais exigeait de l’apaisement, de la stabilité, de la sérénité.

Là où ailleurs la politique est un jeu à somme nulle, ici le consensus est recherché et même imposé. L’unification du pays est impérative.

L’histoire de certains dignitaires rwandais illustre la complexité d’une société hasardement fragmentée en deux blocs distincts. Historiquement, Tutsi et Hutu se sont toujours mélangés. Le Rwanda est un pays sans ethnie rendu artificiellement « ethnique » par les « bienfaits » tant vantés de la colonisation.

Le Rwanda d’aujourd’hui, un Sion pour rwandais

Pour de nombreux Rwandais, la réconciliation n’est pas une option politique, mais une nécessité historique. Evidemment, de nombreux commentateurs doutent de la réalité de cette « réconciliation », mais l’on ne peut pas  contester les efforts d’un gouvernement africain qui forge un projet national sur la ruine de différences artificielles.

Le vrai est que la question de la réalité de la réconciliation au Rwanda est une fausse bonne question. Le cœur des hommes est insondable et le restera. Ce qui importe, en revanche, ce sont les paroles et les actes des Etats. En d’autres termes, tant que la société rwandaise sera inclusive – et, à ce jour, elle l’est –, alors le processus de réconciliation sera crédible.

Vingt-trois ans, peu pour oublier et beaucoup pour avancer dans la vie. Olivier est resté quelques mois dans un camp de réfugiés, il n’en a pas le souvenir de la date de son retour au bercail : le temps n’avait plus de réalité pour lui. A peine souvient-t-il l’annonce sur la formation du nouveau gouvernement, le 19 juillet 1994 ».

Après ses études, il a rejoint un organisme d’Etat. Il y a quelques années, son supérieur lui a dit que le président du Sénat de l’époque cherchait un conseiller et qu’il avait proposé son nom? Impensable ! Il a envoyé son dossier, il a passé une interview et a été recruté. « Tu te rends compte ? Je ne le connaissais pas. Je ne l’avais jamais rencontré. Je n’avais pas de réseau. Et pourtant… »

Désormais, le mérite prime dans le pays. Tant qu’il est performant, Olivier ne craint rien : « Je n’ai pas de relation personnelle avec le président du Sénat. J’arrive, je fais ce que j’ai à faire et je rentre chez moi. C’est ça le Rwanda aujourd’hui… »

Vingt-trois ans après, la douleur est toujours là. La pluie aussi. Quand elle tombe, les images de la rivière Akanyaru, entre le Rwanda et le Burundi, dont le niveau avait augmenté à l’époque et qui charriait des centaines de corps sans vie, reviennent hanter l’homme que le petit garçon est devenu.

Mais hélas, elle tombe sur une terre différente et trace des sillons d’espoir. Pour Olivier comme pour le Rwanda, un jour nouveau s’est levé. Journal Le monde.

Ainsi, « Les rwandais avons  trouvé notre Sion, dont on était longtemps assoiffés, et dont certains des nôtres ont versé leur sang », Justin Mugabo, artiste et journaliste, directeur de Radio/TV Isango Star, en date du 12 Avril 2017,  à la veillée de commémoration des journalistes disparus pendant le Génocide.

 

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Jean Baptiste Karegeya

 

 

 

 

 

 

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