C’est vendredi le 26 Juillet 2019, dans un débat communautaire organisé par Pro-femmes Twese Hamwe dans le secteur de Bigogwe, du district Nyabihu en province de l’ouest. Les hommes se déclarent chefs des foyers et les femmes n’en divergent pas.

L’homme est toujours le chef du ménage malgré tout. Jean Bosco Kanyamihigo, 60 ans, est tailleur au marché de Kora. Il insiste, persiste et jure: « Je suis le chef du foyer, je vous jure ‘que tous mes enfants périssent’, je ne peux en aucun cas, et je le répète, en aucun cas, consulter ma femme de toutes mes affaires, elle n’a qu’à m’attendre à la maison, un point un train !».

Et une femme à côté de lui murmure, « L’argent est pour le mari, nous cultivons la terre ensemble, mais au moment de la récolte, le dernier mot revient à mon mari, c’est lui qui garde le plein contrôle de l’argent. Cela date de longtemps et c’est indiscutable ».

Les femmes sont considérées comme des « vaisseaux fragiles ». Elles sont incapables de raisonner comme les hommes. Au village de Nyirakigugu, les hommes confessent qu’ils pensent à la place des femmes. L’homme est le grand producteur et gestionnaire de la propriété familiale. « Quant à la femme, elle doit rester à la maison, jamais accompagner le mari pour acheter une vache, une chèvre ou une parcelle. De plus, je n’ai pas à lui présenter mes revenus et je dois avoir le temps nécessaire pour échanger avec les amis autour d’un verre », témoigne Jean Bosco Kanyamihigo.

La grande majorité des hommes de Bigogwe sont des pasteurs et vivent dans la forêt de Gishwati avec leur bétail. Seules les femmes et leurs enfants restent à la maison et pratiquent l’agriculture. Aucune femme n’arrive jamais dans les pâturages, elle ne sait pas combien de vaches que son mari fait paitre et elle n’a aucune information sur leur prospérité. Seuls les hommes ont toutes les informations sur leur élevage. Et s’ils meurent, leurs familles auront du mal à récupérer cette propriété.

Les informations sur l’égalité des sexes ne sont pas encore comprises par la population. En conséquence, certaines personnes l’apprécient, d’autres prétendent le respecter, alors que d’autres le refusent catégoriquement. Il n’y a pas de compréhension commune de ce qu’est l’équilibre entre les sexes. On dirait que c’est quelque chose qui leur est tombé dessus sans qu’ils l’attendent. Dans ce contexte, certains hommes résistent parce qu’ils se sentent lésés en ce qui concerne leur statut social et familial.

Les gens ne sont pas encore capables de changer complètement les vieilles mentalités culturelles qui placent la femme inférieure à l’homme. Et certaines femmes se sous-estiment toujours.

Le garçon est pris comme héritier de la famille

Dans cette région de Bushiru-Bugoyi, la culture reste un obstacle à la mise en pratique des principes d’égalité des sexes. Certaines gens ici attribuent une faveur très importante aux enfants de sexe masculin car ils sont considérés comme les héritiers de la famille, responsables de la perpétuité, de la continuité et de la pérennité de la famille.

Le garçon est une assurance vie pour les parents, économiquement indépendant et défenseur de la famille, et pays. Les parents veulent des enfants de sexe masculin à tout prix, et les femmes sont souvent gênées pour ne pas avoir eu un garçon.

Dans son rapport de Mars 2019, le GMO (office rwandais de supervision en matière de genre) recommande des stratégies en faveur de l’égalité des sexes pour garantir la réalisation des objectifs de l’Agenda 2030 et la vision 2050.

Les hommes doivent s’engager considérablement dans les dialogues sur l’égalité des sexes et participer activement aux activités traditionnellement considérées comme propres aux femmes, telles que la planification familiale et les soins aux enfants.

Et enfin, les aspects d’égalité des genres doivent être  intégrés dans différents mécanismes tels que IMIHIGO (contrats de performance).

Ceci est repris dans un discours du  Président Paul KAGAME, “Les femmes et les hommes sont égaux en termes de capacités et de dignité, et ils devraient également être égaux en termes d’opportunités. En tant que Rwandais, en tant que communauté mondiale, nous voulons que chaque membre de notre société puisse exploiter pleinement ses talents si nous voulons bien atteindre nos objectifs de développement”.

Jean Baptiste Karegeya

 

ACHA JIBU

Tanga igitekerezo
Andika amazina