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Burundi : Cela fait une année que le journaliste Jean Bigirimana est disparu, toujours aucune trace

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Les journalistes du journal Iwacu press, un des médias indépendants résistants au  Burundi commémorent à Bujumbura le 1er anniversaire de la disparition du collègue Jean Bigirimana et demandé que “la lumière soit faite”, Jeune afrique.

Vendredi soir, les journalistes de Iwacu, portant tous un T-shirt noir avec l’inscription « Jean Bigirimana, nous ne t’oublions pas », ont déposé une gerbe de fleur et observé une minute de silence devant une grande photo du journaliste sur un mur du bâtiment qui abrite leur journal.

« Nous venons de commémorer la disparition de notre collègue Jean Bigirimana pour lui dire, +Cher Jean, nous ne t’oublierons jamais et la vérité finira par éclater au grand jour », a expliqué à l’AFP le rédacteur en chef de Iwacu, Léandre Sikuyavuga.

Jean Bigirimana, journaliste alors âgé de 37 ans et père de deux enfants en bas âge, est disparu le 22 Juillet 2016, trois semaines qu’il quittait le Rwanda pour une formation de service.

Des témoins ont assuré l’avoir vu se faire arrêter par les agents du très redouté Service national de renseignement (SNR), qui l’ont alors embarqué à bord d’une camionnette aux vitres teintées. Plus personne n’a eu de ses nouvelles depuis.

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Antoine Kaburahe, propriétaire du journal Iwacu, écrit, « dans notre culture, il est interdit de pleurer lorsqu’on n’est pas sûr du sort de votre proche, cela porte-malheur, dit-on. « Agasema ». Nous aimerions savoir la vérité pour qu’on laisse enfin nos larmes couler, notre colère trop longtemps contenue, sortir.

Il demande, « Dites-nous, vous qui avez pris Jean. Parce que vous savez. Nous savons que vous savez. De notre côté, nous avons fait ce qu’il fallait faire.

Nous avons transmis à la police et la justice tous les éléments factuels de notre enquête, comme ce numéro de téléphone qui a appelé depuis Bugarama la rédaction pour nous informer que le journaliste « vient d’être arrêté. » Au beau milieu de l’après-midi ».

Reporters sans frontière (RSF) a dénoncé « le grand silence des autorités » burundaises, leur demandant de « publier les résultats de l’enquête promis dès août 2016 », dans un communiqué de presse diffusé jeudi.

« D’après des informations recueillies par RSF, ni les collègues du journaliste, ni les témoins oculaires de l’arrestation n’ont été entendus par la police », explique l’organisation de défense des journalistes.

Les menaces à madame Bigirimana

RSF dénonce également le fait que « son épouse, qui a continué à appeler à la vérité, a fait l’objet de menaces répétées ».

La première fois en mars 2017, le matin du lundi 27, Godeberthe Hakizimna, madame Bigirimana se réveille, et découvre des « graffitis griffonnés avec du sang sur un mur à l’entrée de la propriété où elle habite, avec l’inscription ’’Keba’’. Ceci veut dire en Kirundi  ’’trancher’’, ’’adversaire politique’’ ou encore en Lingala ’’fais attention’’.

Il y a un mois, le 21 juin 2017, elle trouve encore devant sa porte un tract la menaçant et lui demandant de « démentir toutes les déclarations qu’elle avait faites au sujet de son mari ».

Le tract dit, « Madame, nous t’avons mis en garde depuis longtemps mais tu ne veux pas entendre. On a suivi avec attention tous tes mouvements, il est temps de te vomir.»

Selon l’écriture, l’épouse de Jean Bigirimana sillonne le monde en parlant du mal de son pays comme le faisait son mari. «Bientôt, tu vas subir le même sort», lit-on dans ce tract.

L’auteur de ce document menace Mme Godeberthe Hakizimana car d’après lui, elle s’est rendue au Rwanda pour témoigner devant les experts des Nations Unies.

Ce tract intime l’ordre à Gode d’écrire une lettre de demande pour intégrer le «système », et de démentir toutes les déclarations faites concernant la disparition de son mari.

L’auteur du document conclut, « Icicwa caburiwe n’impongo » (Un homme averti en vaut deux).

RSF précise que Gode a apporté cette lettre à la police de sa commune qui n’a pris aucune mesure de protection ou ni ouvert d’enquête ».

Depuis, la quasi-totalité de la presse indépendante burundaise a été réduite au silence. Craignant la répression, une centaine de journalistes ont fui le pays.

Le patron et les collègues commémorent, sanglotant

Dans un article paru dans le même journal auquel Bigirimana travaillait, Antoine Kaburahe, le patron exprime le chagrin de l’équipe Iwacu.

Antoine écrit, le 22 juillet 2017, jour pour jour, ce sera une année sans notre collègue… Un sentiment confus nous envahit. Commémorer une année de « disparition » ? Mais, à part son absence de 365 jours, nous n’avons aucun élément concret pour conclure à sa mort. Toujours ce doute atroce. Désespéré, on s’accroche au plus petit, au plus douteux espoir.

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Certes, nous avons perdu depuis longtemps la candeur enfantine, mais il nous est impossible de dire : « Jean Bigirimana est mort ». Les mots ne sortent pas.

Avec la disparition de Jean Bigirimana, nous avons vécu toutes les réactions. L’indifférence des autorités, le cynisme, comme ces propos indignes d’un « politicien », Jean de Dieu Mutabazi, qui écrira dans un twitt abominable que « Jean Bigirimana est parti chez son oncle ».

Mais, heureusement, il y a eu des réactions de compassion, de soutien. C’est d’ailleurs grâce aux informations de la population de Bugarama, lieu où notre collègue a été vu pour la dernière fois, que nous avons pu fouiller la vallée et remonter des fonds de la rivière Mubarazi deux corps humains. L’un était lesté de pierre.

Nous espérions un test ADN des dépouilles. À l’époque nous avons introduit une requête via la CNIDH. Mais les autorités ont décidé l’inhumation des deux corps. Pourtant, un test ADN aurait permis de lever le doute.

Mais Jean n’est pas en vacances. Cela est au moins une certitude. Travailleur, amoureux de son métier, père d’une jeune famille, il ne se permettrait pas le luxe de 365 jours de vacances.

Alors, une fois de plus, hier comme aujourd’hui, comme nous le ferons encore demain, nous posons inlassablement la question : « Où est Jean ? ».

Non, Jean ne s’est pas « volatilisé » à Bugarama. Il y avait des témoins.
Seulement, on n’a pas cherché la vérité. Nous avons introduit une plainte auprès de la justice burundaise, jusqu’ici sans suite.

Iwacu a même porté l’affaire à l’attention du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires des Nations Unies(GTDFI) en août 2016.

Nous pensons que ceux qui ont « pris Jean », je n’ose pas écrire, « qui ont tué Jean », misent sur le temps et l’oubli.

Comme cet autre politicien, cynique aussi (ils sont légion par ici), qui nous disait de « laisser tomber », car « agapfuye kabazwa ivu ». On traduirait plus ou moins par « les morts appartiennent à la poussière.» Mais tel le poète Birago Diop, je dis que « les morts ne sont jamais partis. »

Non, Jean « n’est pas parti en vacances depuis 365 jours. Honte à vous, hommes « politiques » dont l’éthique et la compassion sont, elles, parties en vacances depuis longtemps.

Non, Jean est toujours là.

Jean vit. À travers ses deux enfants et l’amour que lui porte toujours son épouse. Lui, ses enfants seront fiers de porter son nom.

Jean vit. À travers notre engagement de continuer le devoir qui était le sien : informer.
Jean vit. À travers notre refus de nous taire, d’oublier ».

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Jean Baptiste Karegeya

 

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