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Burundi : un militant des droits humains dénonce une volonté de « génocide politique »

Le sociologue Christian Ngendahimana, figure de la société civile burundaise, organise le dialogue entre communautés pour prévenir les tensions, dans l’esprit de l’accord de paix d’Arusha du 28 août 2000 signé sous l’égide de Nelson Mandela. Son travail de terrain et de lobbying pour la paix et la bonne gouvernance est désormais compromis. Le pouvoir burundais a suspendu de manière provisoire les activités de dix ONG et de nombreux militants sont réprimés.

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L’association Fontaine-Isoko, que Christian Ngendahimana a cofondée en 2006, est interdite depuis le 23 novembre et lui-même, poursuivi par la justice, a dû quitter son pays. Pour lui, la question n’est pas ethnique, mais politique. « L’acharnement contre les populations des quartiers dits “contestataires du troisième mandat” [du président Pierre Nkurunziza], dit-il, démontre une volonté réelle du pouvoir de commettre un génocide politique dont sont victimes les Tutsis, les Hutus et les Batwas. »

Dans le climat actuel d’extrême violence, votre association peut-elle encore fonctionner ?

Christian Ngendahimana Officiellement non. Le 23 novembre, le gouvernement a suspendu notre activité, ainsi que celle d’une dizaine d’autres organisations burundaises, par une ordonnance signée par le ministre de l’intérieur. Toutes ces organisations avaient osé dénoncer les violations de la Constitution et de l’accord d’Arusha par l’intention du président Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Depuis le 20 novembre, le gouvernement nous refuse, ainsi qu’à ces autres organisations, l’accès à nos comptes bancaires.

Mais toutes ces mesures ne nous empêcheront pas de continuer notre lutte pour la restauration de la paix et la démocratie au Burundi, seuls gages d’un possible développement économique. Nos citoyens croupissent dans une misère sans nom dans un système politique corrompu qui a brillé par son incapacité à redresser l’économie nationale et la bonne gouvernance depuis dix ans.

 

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Ces derniers mois, que réussissiez-vous à faire concrètement sur le terrain ?

Depuis le début de la crise politique, en avril 2015, la Fontaine-Isoko a, par le biais de ses réseaux communautaires, pu informer et documenter les violences commises. Elle a également élaboré des notes de plaidoyer qu’elle a partagées avec ses partenaires au niveau local, régional et international. Cependant, en raison de l’insécurité grandissante, certaines de nos actions ont été suspendues comme, par exemple, l’organisation de débats sur les droits humains, la bonne gouvernance et la réconciliation des communautés divisées. Ces débats impliquaient habituellement des leaders de groupements communautaires et des élus locaux.

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Quelle est votre situation personnelle ?

Je suis poursuivi par la justice, une justice manipulée et qui accompagne le régime dans ses tendances dictatoriales. J’ai été, de fait, dans l’obligation de quitter mon pays en juin suite à la répression dans le sang de manifestations citoyennes et pacifiques. Ces poursuites, arrestations et exécutions extrajudiciaires ont été orchestrées à l’endroit des défenseurs des droits humains par la police et les miliciens recrutés dans les rangs de la branche Imbonerakure, jeunesse affiliée au parti CNDD-FDD. Pour des raisons de sécurité, je ne peux pas en dire plus.

Comment vous tenez-vous au courant ?

La Fontaine-Isoko, comme la plupart des organisations de la société civile frappées par ces mesures injustes, est une organisation qui a de fortes assises communautaires. Le système de communication que nous avons mis en place permet l’échange d’informations en temps réel. Par ces canaux, je reste informé minute après minute sur ce qui se passe au Burundi.

Comment la société burundaise vit-elle cette situation ?

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Depuis quelques années, le régime met tout en œuvre pour anéantir la société civile au Burundi. En créant, par exemple, des organisations de la société civile fantoches pour les monter ensuite contre les organisations classiques. Le 30 octobre, le ministre de l’intérieur Pascal Barandagiye a ainsi organisé une réunion à Gitega qui s’est vite transformée en un espace d’accusation et de diabolisation des organisations de la société civile et de leurs partenaires techniques et financiers.

Alors que ces organisations n’avaient fait qu’organiser des manifestations citoyennes et pacifiques pour s’opposer à la violation de la Constitution et de l’accord d’Arusha.

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