Une situation inhabituelle et inédite au service de l’état civil du secteur Bushoki, au nord du Rwanda. Elles sont tellement nombreuses ces filles-mères à avoir des enfants enregistrés à l’état civil comme enfants de leurs grands-parents, parce qu’elles ne sont pas encore majeures, et ceux qui les imprégnées restent anonymes.

Il semble ne pas y avoir d’autre choix pour, cette façon « illégale » d’empiéter sur les droits de l’enfant doit cesser au plus vite, selon le service de l’état civil.

C’est un débat au centre de négoce de Gasiza dans le secteur de Bushoki, au Nord du pays. Qui aurait cru que ce débat, en pleine campagne et sur un sujet aussi tabou que celui touchant à la maternité de mineures puisse tourner à la vérité crue ?

Pourtant, elles étalent leur secret au grand jour ! Une telle a mis au monde à 15 ans. Telle autre à 16 ans. Toutes encore mineures et sans maris. Et contrairement à la loi et au droit de l’enfant, c’est aux grands-parents d’endosser la paternité de leurs petits-enfants au service de l’état civil.

« Cela est inadmissible et illégal au regard des droits de l’enfant », se défend Madame Drocela Kayisire, officier de l’état civil dans le secteur Bushoki. Oui, explique-t-elle,” Il y a certes de vieux parents qui manifestement veulent endosser la paternité de leurs petits-enfants, mais nous n’acceptons pas et préférons mettre des parenthèses en lieu et place des noms du père et de la mère. Et ce n’est que quand la jeune mère atteint l’âge d’avoir une carte d’identité que nous régularisons avec le nom de la mère au registre”.

Un fléau qui force la main

Le problème n’a pourtant rien d’un accident ni rien d’un cas isolé ou individuel. En témoignent parents et jeunes femmes qui s’ouvrent spontanément. Le flux de jeunes filles dans la ville de Kigali pour se faire employer aux travaux de ménage, cette fuite et absence de l’autorité parentale, l’adolescence et, de surcroit, des cas de pauvreté, tout est dénoncé comme source de ces maternités précoces.

Et en aval, ces enfants, « sans pères connus » et inscrits illégalement au registre de l’état civil sous la paternité de leurs grands-parents.

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Goretti Uwiduhaye, est devenue mère à 16 ans. De son témoignage, elle a eu un enfant dont le père a nié la paternité et ses vieux parents l’ont fait inscrire. « Maintenant que j’ai une carte d’identité, je ne sais que faire pour rectifier à l’état civil, et que j’apparaisse comme sa vraie mère », s’indigne la jeune femme.

Beata Murekeyisoni, quant à elle,  avait 15 ans lorsqu’elle a donné sa première naissance, suivie d’une autre encore. Ses deux enfants sont maintenant officiellement inscrits comme enfants de leurs grands-parents. Que faire ?

Fabien Ntabanganyimana est l’un de ces parents dont ce problème a forcé la main. Sa fille a eu un enfant tandis qu’elle était encore sur les bancs de l’école primaire. Que pouvait-il faire puisqu’il n’y avait pas d’autre choix que d’assurer la paternité officielle de son petit-fils?

Et puis, se consolait-il, son cas n’est pas isolé puisque plus d’un voisin a le même problème ! Pourtant pour plusieurs parents, l’équation devient difficile à résoudre lorsqu’on en vient au problème d’héritage. « On est contraint de traiter ces enfants comme les siens propres, mais cela crée des dissensions », convient Fabien avec aigreur.

Pour un enseignant de Bushoki qui se veut appeler HT, la crainte des sévices de la loi sur le viol des mineurs en rajoute à « la prolifération » de ces enfants sans parent. Et partant, dit-il, « ce sont des fils de rien, des enfants-problèmes non seulement pour la famille, mais aussi pour le service de l’état civil qui non instruit en la matière commet la grossière erreur de les enregistrer comme fils et/ou filles de leurs grands parents ».

Et la réponse du moment face à cet imbroglio, « c’est une éducation soutenue qu’il faut, une sensibilisation de toute la société, mais aussi des instructions claires, un même langage face au problème », admet l’officier de l’état civil.

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PAXPRESS

 

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