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France : Le génocide rwandais pour la deuxième fois devant les assises à Paris

C’est un procès historique qui s’est ouvert ce mardi 10 mai devant la cour d’assises de Paris, à savoir le deuxième procès en France de présumés acteurs du génocide rwandais : deux hommes accusés d’avoir directement participé au massacre de centaines de Tutsis dans une commune de l’est du Rwanda, le 13 avril 1994.

Deux ans après le procès de Pascal Simbikangwa, l’ancien capitaine de l’armée rwandaise, condamné à Paris à 25 ans de réclusion pour complicité de crimes de génocide, deux autres Rwandais lui succèdent : Octavien Ngenzi et Tito Barahira, deux personnages importants de la petite localité de Kabarondo, proche de la frontière tanzanienne. Le 13 avril 1994, des centaines de Tutsis trouvent refuge dans l’église de la commune, un lieu sacré et inviolable, pensent-ils. La tuerie va s’y dérouler en un temps record.

Et pour l’avocat Emmanuel Daoud, représentant de la Fédération internationale des droits de l’homme, les deux accusés ont joué un rôle central : « Ces deux hommes sont accusés d’avoir orchestré, mis en œuvre, participé eux-mêmes, donné des instructions, avoir même trié entre les Tutsis et les Hutus. C’est une différence significative avec le premier procès, qui concernait le capitaine Pascal Simbikangwa, à qui l’on reprochait d’avoir donné des instructions, mais pas d’avoir participé directement aux faits qui lui étaient reprochés. »

A Kabarondo, Octavien Ngenzi et Tito Barahira n’étaient pas n’importe qui. Bourgmestres de 1977 à 1994, ils sont décrits par l’enquête judiciaire comme deux personnages clés d’une administration qui s’est mise au service des génocidaires. Octavien Ngenzi a été interpellé en 2010 à Mayotte, où il se cachait sous une fausse identité. Barahira a été arrêté en 2013 à Toulouse. Tous deux étaient traqués par les époux Gauthier. A la tête du collectif des parties civiles pour le Rwanda, ils poursuivent sans relâche ces présumés génocidaires rwandais.

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« Le seul endroit où il n’y a pas eu de génocide, c’était grâce à un bourgmestre de la région de Byumba dans le nord, dit Alain Gauthier, Ce qui laisse entendre qu’effectivement, les bourgmestres pouvaient soit encourager les génocidaires, soit calmer les gens et les amener à la raison. Donc, effectivement, ils ont des responsabilités tout à fait personnelles dans ce génocide. »

Il s’agit là de deux hommes puissants, insiste même l’avocat de la FIDH, Emmanuel Daoud : « A partir du moment où l’on est bourgmestre ou ancien bourgmestre, on est un homme d’influence, on est un homme dont les opinions, les avis, les recommandations, les commentaires, les instructions sont pris au pied de la lettre par ses concitoyens. »

Les deux accusés nient farouchement tout lien avec le génocide. Et leurs avocats le martèlent : leurs fonctions de bourgmestre ne sont en rien un élément à charge. « Il y a eu quinze bourgmestres jugés et parmi ces quinze bourgmestres, je tiens à rappeler que deux ont été acquittés », souligne Philippe Meilhac, l’avocat de Tito Barahira, ajoutant : « Ces deux bourgmestres acquittés viendront témoigner lors du procès. Il faut se garder dans ce genre de dossiers de raccourcis et je ne veux pas qu’on fasse de ce procès le procès français des bourgmestres. Ce serait, concernant mon client Tito Barahira, un raccourci tout à fait inapproprié. »

Un incident est arrivé avant même la première audience, Aurélia Devos, chef du pôle « crimes contre l’humanité » au parquet de Paris, a jeté l’éponge ; elle ne représentera pas l’accusation. Une décision aussi rarissime que surprenante. Cette magistrate aguerrie a invoqué la clause de conscience pour se désister. Aucune explication officielle, mais dans les couloirs du palais de justice, on s’interroge sur l’attelage qu’elle devait former avec le procureur Philippe Courroye, dont l’avocat personnel, Me Jean-Yves Dupeux, est très présent dans les dossiers rwandais.

Et la situation inquiète les parties civiles. « Il faut que le procès se déroule dans de bonnes conditions et d’une manière équitable », insiste Alain Gauthier du CPCR. « Je pense que ça va nous encourager surtout à être très vigilant, parce que vous avez appris aussi que le juge Courroye a comme avocat personnel Me Jean-Yves Dupeux, qui est aussi avocat de l’abbé Munyeshyaka et du colonel Laurent Serubuga, des personnes qui sont poursuivies par la justice en France. Bon, il peut y avoir là conflit d’intérêt ! Donc, de notre part, grande vigilance. »

C’est donc avec une première fausse note, que s’ouvre devant les assises de Paris, ce procès historique, dont le verdict est attendu le 1er juillet prochain.

Source :RFI

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Eric NININAHAZWE@bwiza.com

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