Justice: L’information préalable sur les procès de génocide facilite la participation des victimes

Le procès de Rukeratabaro a déchargé les victimes du génocide dans le district de Rusizi, au sud-ouest du Rwanda. Celles de Winteko et de Mibirizi félicitent le tribunal suédois, par la cour d’appel de Stokholm, qui a confirmé la peine de réclusion à perpétuité à son encontre, sans leur participation et sans information préalable.

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Après une audience principale qui a duré près de six mois, la Cour d’appel a annoncé le verdict du rwando- suédois âgé de 50 ans. Selon le tribunal de district, Rukeratabaro  avait joué un rôle de premier plan au niveau local et participé à des meurtres, à des tentatives de meurtre, à des viols et à des pillages.

De Winteko, Gahinga, Nyakanyinya à Mibirizi les témoignages fourmillent

En 1994, Rukeratabaro aurait quitté la gendarmerie pour créer l’association locale UBEMFI (Ubumwe bwa BEne Mfizi), localement  décrite comme une union d’extrémistes hutus. La plupart des membres de l’association étaient membres du parti MRND et associés aux Interahamwe.

Gahinga

Une jeune femme de Gahinga a décrit deux attaques dans le village le samedi 9 avril 1994. Au cours de la première de ces attaques, les assaillants ont lancé des pierres puis une grenade avant de se retirer. Dans l’après-midi, les assaillants sont revenus avec des armes et ont commencé à tirer sur les Tutsis qui patrouillaient dans la zone. Selon deux témoins interrogés, Tabaro était l’un des participants à cette attaque et a lancé une grenade, faisant plusieurs morts.

L’école de Nyakanyinya

L’ecole de Nyakanyinya est située à environ 1,5 km de Winteko. Rukeratabaro et de nombreux témoins dans cette affaire sont allés à cette école. Il y avait une grande fosse commune et 800 à 1 000 tutsis y ont  été jetés pendant le génocide.

Mibirizi

Mibirizi est situé à environ 7 km de Winteko. Au début du génocide, de nombreuses personnes des secteurs voisins y ont cherché asile. Les deplacés, probablement des milliers de personnes, sont restés dans l’église, le monastère, l’hôpital, les logements du personnel et la ferme.

Plusieurs attaques ont eu lieu. L’une d’elles – pas la première – a eu lieu le 18 avril 1994. Il s’agissait d’une agression majeure impliquant un grand nombre de personnes de différentes régions portant des armes traditionnelles, ainsi que des grenades et des armes à feu. Environ 700 à 800 personnes ont été tuées.

Sur la liste figuraient plusieurs personnalités importantes de la communauté locale, dont Albert Senuma de Winteko, qui était le chauffeur de la religieuse.

Ses chaussures et lunettes ont été ramenées à Winteko, selon sa veuve et voisine de Rukeratabaro; “pour prouver qu’il ne vivait plus”.

Le manque d’information a freiné la participation des victimes

Laurent Ndagijimana, président d’IBUKA Rusizi, est satisfait du verdict; mais regrette les procès passés, auxquels les victimes n’ont pas participé, faute d’information.

Selon IBUKA, l’information aurait facilité la participation des victimes, et aux cas échéants,  influencé la décision.

« Les survivants du génocide reviennent toujours sur  les procès déjà  tenus. Ces procès manquent d’équité. Devant des procès  tranchés, il est difficile de faire une révision ou une autre forme d’analyse, »déclare Ndagijimana.

Cependant, ils aimeraient être informés et savoir ce qui s’est passé pour que ces personnes soient acquittées. Est-ce dû à un manque de preuves ou à un échec de la poursuite? Il y a tellement de questions à poser.

« S’ils ne reçoivent pas d’informations cohérentes, afin de voir clairement ce qui fait que ces personnes sont acquittées, ils ne seront jamais satisfaits, bien sûr, ils l’admettront, malgré eux, ils consommeront, mais ils n’admettront jamais que c’est une réalité, qu’il y a été une véritable justice, » conclut Ndagijimana.

Les procès remis en question sont ceux d’Emmanuel Bagambiki, ancien préfet de Cyangugu, et celui d’André Ntagerura, alors ministre des Transports.

IBUKA remet également en question le choix des témoins, le travail des enquêteurs et des traducteurs; comme base du non satisfaction des rescapés.

Jean Baptiste Karegeya

 

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