Kisangani, il y a 19 ans: la probable base d’accrochages entre les pays frères

Pour certains observateurs, analystes politologues et journalistes, cette guerre de six jours (du 5 au 10 juin 2000) serait la cause causale de détérioration des relations rwando-ougandaises. Museveni exige du respect à ces anciens belligérants, devenus patrons chez eux au Rwanda.

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L’an 2000, Kisangani, était devenue une base logistique stratégique pour les deux armées; mais aussi de désaccords sur la conduite de la guerre de 22 mois.

La dernière série de combats, a débuté à l’aube du 5 juin 2000. Elle était la troisième à Kisangani entre les deux armées soeurs.

Selon Igihe.com, les forces Ougandaises ont convoité le controle sur Kisangani, entre les mains des rwandais. Au départ, les ougandais s’étaient intéressés aux zones minières, les rwandais aux grandes villes.

Mais sur Kisangani, la troisième ville de la RDC, les ougandais négocient avec pression, “donnez-le nous, sinon nous le perdons tous”.

Les rwandais font sourde Oreille et préparent un théatre qui plongeant la ville dans le sang et la cendre. Par simple coup d’envoi, ils ouvrent le feu.

Les soldats rwandais ont inspecté des tonnes de munitions, d’armes à feu et d’une batterie anti-aérienne laissés par les Ougandais. “Je ne suis pas fier de cela”, a déclaré le commandant du Rwanda, le colonel Karenzi Karake. “Mais on nous a tiré dessus. Nous avons gagné parce que nos soldats savent ce pour quoi ils se battent. Nous quittons maintenant Kisangani quelles que soient les intentions de l’Ouganda.”

La bataille s’est terminée lorsque le chef d’état-major de l’armée ougandaise, Brig. James Kazini a appelé Karake par téléphone et a demandé un cessez-le-feu, a déclaré Karake. Les hauts responsables militaires de chaque côté devraient se rencontrer à Kampala pour mettre au point un retrait rapide de Kisangani, a annoncé le lieutenant-colonel Danilo Paiva, chef de l’équipe d’observateurs américains.

Selon un habitant de Kisangani, les soldats ougandais, estimés à environ 7 000, ont attaqué la ville depuis l’est, à partir du nouvel aéroport qu’ils contrôlent, tout en pilonnant l’ancien aéroport, à l’ouest, apparemment pour empêcher tout acheminement de renforts.

Les troupes rwandaises ont chassé les forces ougandaises de Kisangani dans une bataille acharnée de sept heures qui a mis fin à une semaine de bombardements aveugles et terrifiants et a permis aux observateurs du Royaume-Uni de se faufiler entre les deux armées et de préparer leur retrait.

Des corps criblés de balles d’au moins 40 soldats ougandais gisaient le long de la route de gravier qui mène au pont où les troupes rwandaises ont stoppé la poussée ougandaise dans la ville portuaire du fleuve Congo.

Les hôpitaux n’ont pas d’eau, d’électricité ni de médicaments pour soigner les blessés. Des corps ont été entassés à la morgue parce qu’il était trop dangereux d’enterrer qui que ce soit.

“Il n’existe aucun argument valable selon lequel il faut autant de tirs d’armes”, a déclaré à la presse Paiva, uruguayen, tout en se mettant à l’abri du bombardement. “ Les soldats des deux côtés sont en sécurité dans les tranchées. Les civils meurent. ”

Le colonel Karenzi Karake, haut commandant rwandais à Kisangani, a déclaré qu’il avait reçu l’ordre de cesser de tirer, déclarant que l’ambassadeur américain aux Nations Unies, Richard Holbrooke, avait été impliqué dans les négociations.

“Nous ne pouvons pas tirer, même en cas de légitime défense”, a-t-il déclaré, ajoutant que les forces rwandaises devaient se concentrer à l’aéroport de Simi Simi, tandis que les Ougandais devaient se réunir à la caserne de Kapalata, à l’extérieur de la ville.

Paiva a déclaré que les commandants avaient personnellement émis des ordres de tir pour des armes de grande taille, telles qu’un lance-roquettes Katyusha de 107 mm et le lance-roquettes multiple BM-21, a déclaré Paiva.

«Les Rwandais ont placé une batterie au centre de la ville. Chaque fois que les Ougandais combattent la batterie, ils frappent des civils “, a déclaré Paiva. “ Ils ne se battent pas sur le terrain. Ils se cachent dans la ville. ”

Selon toujours Igihe.com, les six jours auraient pris vie à deux milliers de jeunes officiers Ougandais, fraichement sortis des academies militaries. Ainsi, poursuit-il, Museveni a jusqu’alors du mal à justifier cette mort dans une guerre sans motivation.

Le Rwanda: Géographiquement petit, idéo-politiquement grand

Avec Jeune Afrique en Mars dernier, Kagame revient sur les affrontements de Kisangani et la conduite de Museveni.

“Nous les avons battus à trois reprises, c’est exact, et peut-être avez-vous raison. Mais il y a sans doute d’autres explications. La volonté de contrôler le Rwanda, de nous maintenir dans une forme de sujétion ? C’est probable.

Je le respecte -Museveni- en tant que président de l’Ouganda. Mais il n’est pas le président du Rwanda et ne le sera jamais. Il faut qu’il s’y résolve. Nous n’acceptons aucun diktat, d’où qu’il vienne, vous le savez bien. Du point de vue de la géographie, le Rwanda est un petit pays. Sur les plans idéologique et politique, c’est un grand pays.

Pour la possible  médiation, le président du Rwanda n’y crois pas. Par contre la balle reste dans les mains de Museveni. “tout dépend de lui, il ne peut pas répéter qu’il n’a rien contre le Rwanda et laisser faire ce que je viens de vous décrire. La clé des problèmes est en Ouganda, elle est entre les mains de Museveni lui-même.

Le Rwanda a voulu destabliser l’Ouganda

Dans la Lettre de  Yoweri Museveni à Claire Short, ancienne
Secrétaire d’État Britanique au développement international du Royaume-Uni (1997-2003)

Rt. L’hon. Claire Short,

Je suis gêné de devoir vous informer de la détérioration de la situation dans les relations bilatérales entre l’Ouganda et le gouvernement du Rwanda, dirigé par le président Kagame.

Nous ne doutons pas que le Rwanda prépare une agression contre nous, soit par intermediaire, soit même directement. Il y a des officiers de l’armée ougandaise qui ont fui d’ici, se faisant payer une caution ou fuyant des poursuites potentielles pour un certain nombre de crimes, au Rwanda.

Depuis quelques mois, ces officiers, dont on nous a dit qu’ils avaient été amnistiés au Rwanda, ont téléphoné avec frénésie à de nombreux officiers de l’armée en service en Ouganda pour leur demander de trahir leur pays en espionnant pour le Rwanda et en combattant notre gouvernement et notre peuple.

En outre, ils ont recruté des jeunes ougandais et les ont emmenés à Kigali pour y suivre un entraînement militaire » “Nous sommes maintenant sûrs qu’ils ont ouvert trois centres de formation autour de Kigali avec le soutien total du gouvernement rwandais”.

Pendant ce temps, leurs services de renseignements s’enquièrent de manière très agressive sur la force de nos différentes unités de l’armée, etc.

Les activités interdites comprenaient de la propagande, sans parler de la formation militaire et de l’espionnage. Malheureusement, le gouvernement rwandais fait exactement le contraire.

Madame, nous venons de vaincre le terrorisme prolongé contre nous par le Soudan, dans l’ouest et dans le nord de l’Ouganda ; nous ne pouvons non plus tolérer une nouvelle vague de terrorisme organisée cette fois-ci  par M. Kagame, à qui nous nous sommes tant sacrifié pour défendre quand le monde entier, était contre sa cause ou indifférent à celle-ci.

L’Ouganda cherche à déstabiliser le Rwanda

Quand Jeune Afrique a voulu les preuves que l’Ouganda cherche à déstabiliser le Rwanda, le président Kagame ne cache rien, et surtout que Museveni lui-même ne le dément pas.

“Elles (les preuves) sont nombreuses, irréfutables, et nous les avons fournies aux autorités ougandaises. Kampala offre son aide et ses facilités logistiques à des individus venus d’Afrique du Sud, du Burundi, de RD Congo, du Canada ou d’Europe, lesquels se retrouvent dans la capitale ougandaise pour comploter contre le Rwanda, sous l’œil bienveillant du gouvernement. Nos informations proviennent de multiples canaux, notamment de dirigeants de la rébellion des FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda] arrêtés fin 2018 au Congo et extradés depuis. Nous avons même interrogé un individu qui venait d’Iran et projetait de commettre des attentats après avoir transité par l’Ouganda.

Et si les autorités ougandaises démentent tout cela, Museveni n’y figure pas.

“Pas le président Yoweri Museveni, puisque, dans une lettre qu’il m’a envoyée le 10 mars et qu’il a rendue publique avant même que je la reçoive, il a reconnu avoir « accidentellement » reçu une dirigeante du soi-disant Congrès national rwandais [RNC, en anglais]. La vérité est que Kampala est le lieu de contact et de coordination entre toutes ces forces négatives, qu’il s’agisse des anciens génocidaires, du RNC de Kayumba Nyamwasa ou du groupuscule de Paul Rusesabagina.

Jean Baptiste Karegeya

 

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