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LES ENFANTS D’IMANA (extrait : Hutu, Tutsi et Twa), I ere Partie

Hutu, Tutsi et Twa

Nous chercherons ici à décrire à quoi les termes Hutu, Tutsi et Twa se référaient initialement, avant d’être absorbés et sédimentés par le discours de l’anthropologie européenne, puis réintroduits dans le vocabulaire politique interlacustre.

Nous essayerons dans un premier temps de déterminer l’extension géographique politique et culturelle de la subdivision des populations entre Hutu, Twa et Tutsi guidé par les interrogations suivantes :

• Cette distinction est-elle une caractéristique de l’ancienne civilisation interlacustre ?

• Est-elle un phénomène propre aux civilisations interlacustres ou particulier à des espaces sociopolitiques et culturels spécifiques ?

• Cette distinction recouvre-elle en tous lieux le même sens ?

Puis nous poserons la problématique de l’historicité des catégories Hutu, Twa et Tutsi en nous demandant notamment :

Peut-on en évaluer la profondeur historique ?

• S’agit-il de catégories originellement distinctes l’une de l’autre ou, au contraire, de catégories d’identification corrélées, issues de processus de différenciations internes au sein d’une population ?

• L’apparition de ces catégories est-elle repérable ?

• La signification de « Hutu », « Twa » et « Tutsi » a-t-elle évolué ?

• S’agit-il historiquement d’ethnonyme assumé ou assigné ? En d’autres termes, s’agit-il d’identités prescrites et subies, ou au contraire auto revendiquée et assumée ?

 

Extension du phénomène Hutu-Tutsi-Twa

Les termes Hutu, Tutsi et Twa se retrouvent au Burundi comme au Rwanda avec des significations proches. Mais à ces trois catégories communes, les Barundi ajoutent une quatrième spécifiquement burundaise, celle de Ganwa qui désigne les représentants des grandes familles où étaient choisis les souverains et les chefs. A l’instar des Babito du Bunyoro, ce groupe s’attribuait la vocation naturelle de gouverner et se considérait comme différent des autres composantes de la population.

Plus au sud, l’élite pastorale du Buha était communément qualifiée de « Tusi ou Tutsi », mais le vocable Hutu, peu répandu n’était généralement utilisé que comme un sobriquet par les habitants. Quant au terme Twa il semble inusité en Giha.

Dans les espaces tanzaniens à l’Est du Rwanda, on ne repère guère de trace vernaculaire des termes hutu et tutsi ; il en va de même dans les parties de l’Ouganda qui n’ont jamais été intégrées à l’ancien royaume du Rwanda. En revanche, le terme omutwa se retrouve dans les langues Kiga, Nkore et Nyoro.

A l’ouest de l’espace rwando-burundais : au Bushi, au Buhavu, au Buhunde et chez les Balega Sile, on rencontre une catégorie de la population appelée par différents noms dérivés de la racine twa : « murhwa », en langue Shi et Haavu ; mutswa en Tembo. Ces différents termes désigne généralement des groupes résidants dans les forêts qui pratique la chasse et la cueillette et sont souvent rattachés aux pygmés. En tembo le terme namwamitswa (banamwamitswa au pluriel) désigne une femme pygmée qui couchait rituellement avec le roi après son intronisation.

On trouve dans cette région, une catégorie de « Baluzi » ou « Baluci » que certains observateurs occidentaux ont assimilé aux Batutsi, mais l’occurrence des catégories « Hutu » et « Tutsi » n’est pas avérée. Dans les langues Bantu de l’ouest du lac Kivu la racine luzi a une connotation politique de « supériorité » et de « noblesse », qui se rapproche de celle de la catégorie ganwa du Burundi. Dans ces territoires dont les chefs suprêmes s’appelaient Bami, comme au Rwanda, il semble bien qu’un corps de notables auxiliaires du pouvoir, ici nommés Batutsi et là Baluzi, occupaient des fonctions analogues. Mais, au-delà de cette analogie fonctionnelle, l’histoire du peuplement de la région, et celle des amoko que nous avons évoquées auparavant montre qu’il serait abusif de déduire une identité bio-ethnique commune des ces différents groupes.

Dans l’île d’Ijwi, qui fut très temporairement rattachée au Rwanda sous Kigeri IV Rwabugiri, on rencontre également des Baluzi. Mais on ne trouve pas ici non plus d’autochtones qualifiés de Hutu ou Tutsi. Pour les îliens de tradition havu, cette différenciation n’était en outre pas pertinente pour distinguer les rwandais entre eux : ils appelaient collectivement les migrants venus du Rwanda « Badusi », terme dérivé de Batutsi.

Hutu-Tutsi-TwaTogether
Hutu-Tutsi-Twa , ensemble

Ce tour d’horizon des pays limitrophes du Rwanda permet de mesurer la diffusion assez large de la racine « twa » et la restriction de l’extension géographique des termes hutu et tutsi, dans une région africaines où les mouvements de populations, les échanges culturels et les alliances matrimoniales ont été multiples. L’historien des sociétés interlacustres Jean-Pierre Chrétien a donc avec raison qualifié le Rwanda et le Burundi de « bastion du phénomène Hutu-Tutsi ». De fait, en dehors de l’espace géographique rwandais et burundais et de leur voisinage immédiat à l’Est et au Sud, aucune région de la zone interlacustre n’a développé une telle catégorisation de la population. Dans le sillage des spéculations des explorateurs, des chercheurs on tenté de rapprocher la distinction rwando-burundaise Hutu-Tutsi, du couple Baïru-Hima que l’on rencontrait au Nkore mais il ne s’agit que d’une analogie des organisations sociales.

Cette restriction de l’aire d’utilisation des identifications Hutu et Tutsi accrédite l’idée du caractère secondaire des catégories Hutu, Tutsi. L’hypothèse la plus probante est que ces catégories rwando-burundaises sont le résultat de processus de différenciations internes, au sein de communautés ayant en commun des caractéristiques historiques, politiques et culturelles qu’il reste à identifier.

Les récits d’origines du Rwanda nous permettent-ils d’avancer dans la compréhension de la genèse de ces catégories ? Nous tirerons d’éventuels enseignements de ces traditions après avoir exposé les principaux mythes qui fondent l’imaginaire politique et social de l’ancien royaume rwandais.

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par Jean-Luc GALABERT

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