Les grossesses juvéniles sont courantes au Rwanda, malgré la législation dont l’applicabilité est isolement contraire. Ces filles engrossées abandonnent l’école, les familles les chassent, elles commencent une responsabilité à bas âge. Pour avoir un tel ou tel service, on leur demande le nom du mari ; sanglotant, « ça  c’est me violer deux fois », déclare une de Nyabihu. Elles deviennent domestiques ou  travaillent dans les cabarets, ou bien se créent un commerce ambulant, toujours prohibé. Un calvaire tout fait les attend au seuil de la vie.

Il est bon que le monde fête la journée de la femme aujourd’hui.

Les femmes, mères des nations.

Elles sont nos chères épouses, mères de nos enfants ;

Elles sont nos filles, héritières de nos biens ;

Elles sont nos amies intimes, reines de nos cœurs;

Elles sont nos grands mères, mamans à nos pères ;

Elles sont tout.

Elles sont même nos belles-mères, mamans à nos femmes !

En fin, de ces grossesses inopinées, nos sœurs souffrent à mort : Chassées de l’école et de famille, délaissées à elles mêmes, sans assistance.

Saro(pseudo), a 17 ans. Elle habite le village moderne de Kabyaza en district de Nyabihu au Nord-Ouest du Rwanda. Dans ce village à 200 ménages, autour de sept filles sont jeunes mères.

Devant les journalistes, Saro confie sont expérience douloureuse. « Je n’étudie pas, le père de mon enfant ne m’assiste plus, parce que j’ai refuse de coucher de nouveau avec lui. Ma mère et mes frères l’ont tant voulu, je n’ai pas opté, et maman m’a chassée. Maintenant je vis seul, je dois laver les linges au village pour avoir un sou ».

Celle-ci n’est pas la seule à mener cette lutte amère. Muja (pseudo), 20 ans raconte. Elle donne son deuxième bébé dans trois mois. « J’étais en 3ème année secondaire, quand mon faux fiancé m’a truquée, avant qu’il change l’adresse. C’était fini les études, Papa s’est fâché, mais maman m’a aidée à lui faire comprendre la situation. A ce deuxième tour, Papa ne voulait plus de moi. J’ai quitté la famille pour m’installer à Kigali ».

Pour avoir la Mutuelle de santé, Muja doit avouer le nom de son mari inexistant. Et la consultation prénatale, elle avance. « Hier j’ai été à Nyamirambo pour me faire consulter, on ne m’a pas accueillie, on me demande de venir avec mon mari. Cela c’est me violer deux fois ».

La plupart des filles-mères courent des moments de détresse dans les hôpitaux du Rwanda. On les trouve  incarcérées avec leurs enfants,  dans les enclos de Muhima, Kabutare, Masaka, Kibagabaga, Nyagatare, et autres institutions sanitaires,  faute de paiement.

Après la naissance, d’autres tracs

Nombreux d’enfant nés de ce genre sont difficilement enregistrées  à l’état civil. Sans donner le nom du père, l’enfant n’est enregistré, surtout que ‘la maman n’est civilement pas assez majeur pour assumer légalement les responsabilités’, selon l’administration du secteur Bushoke, en district Rulindo du nord.

Comme arrangement, le père ou frère de la fille devient père de l’enfant. Mais cela, avec toujours des risques, quant à la succession, ce qui fait que beaucoup de masculins n’osent rendre un tel service aux femmes.

[xyz-ihs snippet=”google-pub”]

Quoi qu’il en résulte, la mère et l’enfant sont à survivre, un combat hors imagination !

La maman doit à tout prix chercher une occupation, toujours avec difficultés. Elle va travailler à la maison ou au cabaret, ou encore se lance dans le commerce ambulant.

Les filles-mères sont nombreuses à circuler tous les quartiers de Kigali, panier à la tête, enfant au dos. Dans ce secteur informel prohibé, elles dépassent de loin le nombre des sœurs parlementaires, roulant en bagnole de luxe. De maison en maison, elles  vendent des fruits et légumes. Mais derrière,  un jeu de cache-cache. Une force en vert ou en bleu les tabasse, au point de la cogner les coudes ou les côtes, sans toutefois épargner le nourrisson.

Mukamana témoigne, « j’ai fait ce boulot depuis 2000, mais ces derniers temps, chaque semaine on me ravit de mes biens et je m’arrange pour trouver un autre capital pour survivre. Souvent on nous emprisonne, mes enfants passent des nuits seuls à la maison. Les portes sont fermées toutes ; on vivra mal, mais on vivra ».

Dans la prostitution et la mendicité de la rue, on devient  délinquant, direction  Gikondo, chez Kabuga. Ces longs et bons cheveux sont rasés.

Et les enfants !

Le destin de ces enfant est absurde : le garçon se drogue et reste dans les caniveaux, attendant les sentinelles l’incendier. La fille s’oriente dans la prostitution, et ‘Telle mère telle fille’ comme on dit.

Kazehe, qui n’a fait que la deuxième du primaire, son secondaire se fait dans les centres de réhabilitation dont chaque district dispose (Kinigi/Musanze, Kabaya/Ngororero, Mugera/Gatsibo, etc), tandis le supérieur se fait à Iwawa, le coin isolé au sien du lac Kivu.

Fifi de Rubavu, est retrouvée au tour des  bars Labamba et Gibson, vers 3 heures du matin, avec une trentaine des ces collègues de service, du même sort. Elles sont toutes à la quête des  clients.

Elle nous fait vivre son histoire réelle, abandonnée par le père de son enfant vers le mariage légal. Aujourd’hui, elle se peine à cicatriser la mémoire de sa fille déprimée au moment des souvenirs.

« J’avais 17 ans, le père de cet enfant m’a cherché une maison à Kibuye, lui restait à Muhanga. Il venait nous voir les weekends, l’enfant le connaissait. Apres six ans, il s’est marie à mon insu, et sa femme ne veut entendre de l’existence de cet enfant. Le père a coupé la communication, mais l’enfant m’agace, me demandant les nouvelles de son père. Elle a dix ans, quand je manque de  réponse, elle déprime : elle ne prend plus notes à l’école, elle ne fait pas les devoirs. Je m’arrange pour sortir avec elle et la calmer ».

Par contre, Fifi suit de près, les nouvelles de son amant mais n’y peut rien. Elle sait qu’il travaille pour un institut supérieur public au sud du pays. Elle suggère, « Je ne veux plus rien de lui, mais qu’il communique à son enfant, rien que ça. Du reste, je dois passer ces nuits ici, pour gagner son pain, payer son logis et ses études ».

Pour ces jeunes femmes, le nouveau mariage est aussi impossible à cause de  l’enfant. Beaucoup de prétendants avancent des raisons de ne pas prendre en charge l’enfant d’autrui. Et alors, ou laisser cet innocent ? Le mariage rate !

[xyz-ihs snippet=”google-pub”]

Femme rwandaise, n’est-elle pas la seule à risquer sa vie à la Nyabarongo ? Devenant  ainsi la proie du caïman, à  la quête de l’eau de cuisson ?

Et comme refuge, elles étaient nombreuses dans les nouvelles églises. Matin, midi, soir ; du lundi au dimanche pour adorer le ciel. Elles attendaient le miracle à travers l’autoproclamé Bishop, Révérend  ou Apôtre, mais encore aujourd’hui, ces églises sont fermées.

Le  calvaire continue, ces jeunes mères n’ont pas la mine de se réconcilier avec leur passé chambardé.

Cliques ici pour recevoir le nouvau journal sur facebook sur twitter

Jean Baptiste Karegeya

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Postez votre commentaire
Andika amazina