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Procès Ngenzi/Barahira : Les motivations économiques derrière le génocide, les religieux y convergent

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Les témoignages hier mercredi 20 juin,  de Frédéric Rubwejanga, ancien évêque de Kibungo et Philippe Rukamba, actuel évêque de Butare révèlent les motivations économiques derrière le génocide. Ils s’ajoutent sans divergence à ceux du Vicaire Oreste Incimatata et l’Abbé Innocent Rukamba.

Ce dernier a été curé de Kabarondo pendant quelques mois entre fin 1994 et mai 1995. Il était en même temps chancelier de l’évêque de Kibungo. Il ne pouvait pas  comparaître pour des raisons de santé hier, mais il avait été entendu par des enquêteurs norvégiens et en Gacaca dans le dossier d’un prêtre, Charles Mudahinyuka.

Abbé Papias sauvé, échangé contre une rançon

Frédéric Rubwejanga, moine en Belgique, ancien évêque de Kibungo en 1994, avait donné la parole à Papias lors de l’homélie dimanche 17 avril, et il avait raconté son histoire, comment NGENZI l’avait sauvé, échangé contre une rançon. La rançon versée pour Papias n’est pas la seule Incimatata a dû payer aussi.

Une confirmation de Philippe RUKAMBA, évêque de Butare. Selon lui, NGENZI est venu à l’évêché avec le prêtre Papias. Si on voulait revoir le prêtre Papias vivant, il fallait qu’on lui remette une somme d’argent.

Lors de la visite de Ngenzi à l’évêché de Kibungo, dans une camionnette blanche de la commune le 15 ou le 16, il aurait dit : « Je vous le (Abbé Papias) donne si vous me donnez de l’argent ».

On est allé chercher ce qu’on avait comme argent. Nous étions 3 ou 4 prêtres, dont Dominique, Athanase Mutabazi et l’abbé Charles Mudahinyuka. Quant à Ngenzi, il était très nerveux : « J’avais l’impression qu’il avait bu. » C’était dans l’après-midi vers 15 heures. Il n’y a pas eu véritablement de discussion : « Si vous ne me donnez pas l’argent, je le donne aux tueurs. » Il demandait 100 000 francs : on lui en a remis la moitié. Il avait vraiment l’air déterminé.

Comme le témoin  l’avait dit aux gendarmes français, l’argent était probablement pour Ngenzi seul, il était hargneux : il a voulu gagner de l’argent facilement. Ngenzi les menaçait bien d’une arme à feu. Étonnant qu’on demande une rançon pour Papias qui était Hutu ? « Papias n’aurait pas dû être inquiété. Ngenzi avait besoin d’argent ».

Innocent Rukamba aussi,  raconte alors qu’il a vu Ngenzi venir un jour à l’évêché, pistolet à la main, après le 15, en compagnie de l’abbé Papias. Le bourgmestre avait un pantalon très sale. Ngenzi a dit qu’il fallait racheter le prêtre avec lequel il était venu, sinon il le tuerait. Les prêtres présents ont réussi à rassembler 50 000 francs.

Concernant les relations entre Incimatata et Ngenzi, le témoin avait l’impression qu’ils s’estimaient.

Dans le témoignage d’Incimatata, mercredi 30 mai, celui-ci précise qu’il n’est témoin ni à charge ni à décharge : il vient dire ce qu’il a vécu à Kabarondo en 1994.

Quand maître Richard Gisagara interroge le prêtre de sa bonne entente avec NGENZI , qui serait liée à son statut de religieux. Incimatata, reconnait l’opportunisme de Ngenzi. Le bourgmestre, après la réunion de Kibungo, s’est « aligné », il a été « opportuniste ».

Ainsi, signalant  le second aspect de cette obéissance aveugle, celui économique. C’était un moyen de s’enrichir à peu de frais : « Tuez-les et prenez leurs biens ! »

D’autant qu’ils savaient qu’ils ne seraient pas poursuivis,  « Nous n’avons fait qu’obéir » disent les paysans. « Si vous ne tuez pas les Tutsi, c’est eux qui vous tueront ! » leur laisse-t-on entendre.

Quant à savoir ce qu’aurait pu ou dû faire NGENZI, il n’est pas facile de répondre. « Il aurait pu nous informer de l’attaque : nous ne serions pas restés à l’église ».

Jean Baptiste Karegeya

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