Plus de 20 ans après le génocide de 1994 au Rwanda, c’est aujourd’hui le processus de reconstruction du pays qui suscite de vifs débats. Pourtant les études approfondies de ce processus sont encore rares. C’est cette lacune que l’ouvrage de Jean-Paul Kimonyo tente de combler.

 

 

Jean-Paul Kimonyo est chercheur, auteur de Rwanda, un génocide populaire (Karthala, 2008). Il a travaillé dans différents pays africains comme consultant spécialisé en gestion post-conflit et il est actuellement conseiller à la présidence au Rwanda.

 

Des questions reviennent :

Comment ce pays parmi les plus pauvres au monde, totalement déchiré, a-t-il pu se reconstruire aussi rapidement ?

Comment la population divisée a-t-elle fini par vivre, travailler ensemble et participer à la reconstruction du pays ?

Quels liens existent-ils entre le succès à consolider mais inespéré du pays et sa gouvernance sujette, elle, à controverse ?

Mais, de façon succincte mais couvrant une longue période historique et un large spectre de domaines, ce livre tente d’apporter une réponse à ces question et à fournir une explication précise sur les modalités de mise en place de ce processus de reconstruction post-génocide au Rwanda.

A cette fin, l’auteur retrace les origines et les évolutions du Front patriotique rwandais (FPR), la force politique dominante au Rwanda. Il relate comment des communautés réfugiées, chassées de chez elles à la veille de l’indépendance, éparpillées dans toute la région des Grands Lacs, en sont arrivées 35 ans plus tard à prendre le pouvoir dans leur pays, dans des conditions calamiteuses.

Ce travail montre comment les choix politiques et idéologiques qui menèrent à la formation du FPR à l’extérieur du Rwanda ont fortement orienté la reconstruction du pays. Sa narration couvre toutes les étapes de celle-ci, jusqu’à la période actuelle, plus focalisée sur les activités de développement.

L’auteur situe son analyse dans le débat sur les reconstructions post-conflit de cette décennie, dans la région des Grands Lacs, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, le poussant à prendre ses distances avec les catégories normatives qui avaient été élaborées en ce domaine à la suite de la chute du mur de Berlin.

Ils en ont parlé, Kagame est un grand dirigeant panafricain

Il est comparable à Lumumba, Sankara, Nkrumah et les autres.”Dans l’espace francophone non-africain, le Rwanda et son président sont l’objet de beaucoup de fantasmes et, récemment, d’un accès de « Kagame bashing ». L’ouvrage de Jean-Paul Kimonyo permet de revenir à la réalité, celle d’un pays et d’un peuple qui méritent compréhension et considération. Celle d’un grand dirigeant panafricain peu sensible aux critiques néocolonialistes, dans la lignée des Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Kwamé Nkrumah et quelques autres. Car relever les lourds défis de la modernisation de l’Afrique, c’est comme s’allonger sur une planche bardée de clous flottant sur un marigot de larmes de crocodiles.” Une recencion de Jean-François Dupaquier sur le site Afrikarabia (novembre 2017).

Selon Jeune Afrique, Paul Kagame avait donc raison. Le scrutin présidentiel du 4 août était bien « joué d’avance », comme le chef de l’État rwandais l’avait plusieurs fois sous-entendu lors des trois semaines de campagne officielle. Réélu avec 98,63 % des suffrages, celui qui dirige le pays depuis 2000, les Rwandais viennent potentiellement de lui confier les rênes du pays jusqu’en 2034.

Les observateurs peuvent bien douter de la spontanéité d’un tel vote dans une société fermement encadrée par un Front patriotique rwandais (FPR) omniprésent,  la population semble savoir ce qu’elle doit à son président. « À commencer par la plus longue période de paix jamais connue par le pays », rappelle le politologue Jean-Paul Kimonyo.

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Période mise à profit pour redresser économiquement un pays tombé au plus bas au lendemain du génocide de 1994. Stabilisé, réconcilié et de nouveau unifié après avoir été débarrassé officiellement de toutes distinctions ethniques, le Rwanda fait même figure de modèle en matière de développement pour le reste du continent.

« La démocratie consensuelle, qu’il défend et qui irrite tant la communauté internationale, est basée sur un accord implicite avec la population, selon une logique de redistribution économique et sociale », précise Jean-Paul Kimonyo.

Un compromis résumé ainsi par un diplomate présent à Kigali : « La seule dictature imposée par Paul Kagame au Rwanda est celle du résultat. » Les survivants du génocide n’oublient pas le rôle joué par leur président dans le redressement du pays.

Les 40 % de Rwandais nés depuis 1994 et bercés par la promesse d’un avenir meilleur pourraient par contre se lasser d’attendre. Après avoir amélioré la santé publique, en élargissant par exemple l’assurance-maladie à 91 % de la population, ou l’éducation, avec un taux d’alphabétisation porté à 70 %, et promu le droit des femmes et l’écologie, Paul Kagame doit encore relever le défi de l’émergence économique pour tous. C’est tout l’enjeu de son prochain septennat.

Une renaissance économique fulgurante

« C’est un des rares pays africains à avoir été capable d’améliorer structurellement sa situation depuis vingt ans, en alignant des taux de croissance solides et en luttant efficacement contre la pauvreté et les inégalités », note Yasser El-Gammal, directeur de la Banque mondiale pour le Rwanda.

Dans les campagnes, le résultat est spectaculaire. Chacun des 30 districts est dorénavant équipé de dispensaires et d’écoles, de marchés couverts ou de minoteries. Le long des grands axes bitumés, les collines ont été arasées et terrassées pour étirer un peu plus les surfaces agricoles du pays le plus dense d’Afrique.

Les avancées sont encore plus frappantes dans le Nord, pourtant fief des génocidaires », précise un cadre du FPR

Les toits en tôle des silos de stockage tout neufs réfléchissent le soleil derrière les bananeraies, pendant que les canaux d’irrigation et les lignes à haute tension courent dans les champs de maïs et de haricots. « Et les avancées sont encore plus frappantes dans le Nord, pourtant fief des génocidaires », précise un cadre du FPR.

Mais c’est Kigali qui symbolise à elle seule la métamorphose du pays, comme un résumé grandeur nature du traitement de choc appliqué au Rwanda depuis l’accession au pouvoir du « boss », ses réussites les plus évidentes comme ses penchants autoritaires et sécuritaires.

Dans le centre-ville, les tours de verre ne cessent de pousser. Et dans le quartier de Kimihurura, débarrassé de ses mendiants et de ses vendeurs à la sauvette, les ministères jouxtent les immeubles de bureaux autour du Convention Center, inauguré en juillet 2016, qui illumine les hôtels multi-étoilés, les boutiques et les restaurants chics.  Même si les vigiles sont, pour l’instant, plus nombreux que les clients.

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Jean Baptiste Karegeya

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