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Rwanda : Elles préfèrent se marier enceintes, ils préfèrent les filles-mères, pour éviter le fardeau de l’infertilité conjugale

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Se marier enceinte est un péché, mais ne pas avoir un enfant aussi est un fardeau socio-psychologique de tous les temps ; un couple sans enfants est objet de moquerie au Rwanda. La femme considérée a priori comme stérile endosse tout ce complexe et malédiction de la dislocation de la progéniture. Et certains garçons préfèrent se marier aux filles-mères, qui garantissent la productivité conjugale.

Mi-août 2017, V.M est mariée. Pendant le mariage traditionnel les cris de joie retentent ici et là du côté de la belle famille comme du côté de sa famille. Des murmures se font entendre: « Les filles d’aujourd’hui sont impatientes. La voilà mariée enceinte. Il fallait qu’elle attende », chuchotent les femmes assises dans un groupe.

Sa tante paternelle à côté, leur parle en colère et tout bas : « Je ne suis pas du même avis. Aujourd’hui trouver un mari est de l’ordre d’une chance sur dix. Plus encore arrivée à la maison et qu’on n’a pas d’enfants, cela devient une honte et une malédiction non seulement pour elle mais aussi pour sa famille» convint-elle et d’ajouter : « Va-t-en notre fille et mille chance à ton nouveau foyer ».

Se marier a une femme divorcée, une fille-mère ou une séparée, qui a un enfant ; n’est plus une honte pour certaines gens qui visent les enfants. Ils évitent les tracasseries socio-économiques de trainer a avoir un enfant, avec les coûts d’examens élevés, et les tradi-praticiens, les pasteurs, les voisins qui se positionnent en vrais guérisseurs et conseillers pour amener la femme à concevoir ou à détecter les causes.

Le mariage, cet acte qui unit le garçon et la fille unit aussi les deux familles. Elles vont participer à la perpétuation de la vie. Mais, cette union, selon Gratien Ndizeye, consultant sociologue, n’a de force socio-familiale que si elle est porteuse de fruit : Procréation. Autrement, les familles deviennent ennemies surtout la belle famille accusant l’autre d’avoir envoyé chez elle une personne qui coupe court avec la progéniture.

NC de Kamonyi témoigne à Paxpress, « Lors de notre mariage il y a 4 ans, toutes les louanges étaient destinées à moi. Mais j’ai pas directement conçu, et au fur du temps, la situation tournait mal : tantôt les voisins venaient me demander pourquoi et je leur disais que l’heure n’était pas encore venue. Mon mari aussi n’y tenait pas beaucoup. Mais au début de la troisième année, chaque fois qu’il rentrait, il me posait beaucoup de questions sur mes antécédents, si je n’ai jamais avorté, consommé de pilules… ».

Son mari commençait a regretter ne pas l’avoir engrosser avant, mais elle s’est rendue a l’hôpital où on fait toute sorte d’examen. On découvre que ce sont ses trompes qui sont bouchées ».

Pour Jacqueline de Mutenderi/ Ngoma à l’Est du Rwanda, elle est même devenue une blague du quartier « Souvent je vois mes belles sœurs qui passent et me disent que je ne suis venue que pour remplir les toilettes. Les voisins, et même les petits enfants me pointent leurs pouces : Voilà la stérile, la femme qui ne passe sa vie qu’à manger sans même donner un bébé », dit-elle.

Jacqueline a perdu le gout de la vie, et a failli me suicider, regrettant n’avoir pas conçu avant le mariage. Pour elle, sa vie est une humiliation totale, accueillie sans choix. « Quand un cas d’un enfant est soulevé dans une réunion,  je n’ai pas de parole, on me prend pour une ignorante dans la matière », renchérit-elle, larmes aux yeux.
Des fois, l’entourage cherche des causes de la stérilité : Fréquents avortements, poisons, mauvais esprits familiaux… Face à cet imbroglio du manque de l’enfant, tous les moyens sont possibles.

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Pour en sortir, la facture est géante, les dépenses sont énormes, mais c’est aussi soulageant, un homme de Kamonyi raconte son calvaire. « Nous venons de dépenser plus de 5 millions de Frw (6500$) pour avoir cet enfant et grâce à une procréation médicalement assistée. Avant, quand les gens vous regardent en passant, vous croyez qu’il ne pense qu’à la stérilité du couple. Parfois vous avez la jalousie de voir des couples qui ont des enfants. Ma femme s’était résolue de sortir le soir, pour ne pas être le ridicule des voisins », avance-t-il ajoutant que ‘s’il ya une peine difficile à gérer et intérioriser dans le couple, c’est bien ne pas avoir un enfant’.
« Un couple sans enfant n’a pas de choix, il tente tous les moyens souvent à n’importe quel coût », souligne le sociologue Gratien Ndizeye. Les tradi-praticiens non seulement leur font consommer autant de médicaments sans standard avéré, mais aussi certains se mettent à des aberrations comme coucher avec ces femmes sous prétexte de leur procurer les médicaments. Ainsi une femme peut passer de un à plusieurs pour tenter les chances en vain, avec autant de risques d’y attraper les MSTs

En cas d’échec, c’est le recours au divin, nombre de femmes et d’hommes passent d’églises en églises à la recherche de pasteurs charismatiques qui puissent intercéder pour elles auprès de Dieu ou chasser des poisons et mauvais esprits causes de la stérilité.

Démystifier la stérilité

Si du côté de l’homme, de la femme, de la famille, la stérilité est une honte, un sacrilège, une malédiction qui s’abat sur la famille nucléaire et élargie ; ceci est surtout liées aux considérations culturelles.

Si la femme est la première à souffrir, c’est qu’aussi la société semble ignorer que les hommes peuvent aussi être stériles. Selon Dr Théobald Hategekimana, Directeur du Centre Hospitalier Universitaire de Kigali cité par un site d’information rwandais www.igihe.com « dans un couple il y a partage des responsabilités dans les problèmes d’infertilité. Les causes de l’infertilité peuvent provenir de chez la femme tout comme chez l’homme et elles varient. » D’après ce Directeur après deux ans de mariage sans enfant, le couple devrait procéder aux examens chez les médecins.

« Il est vrai que le but principal du mariage est la procréation. Mais si cela ne tient pas, la stérilité ne figure pas parmi les causes du divorce au Rwanda. Donc les couples, devraient en se mariant, être préparés que tout est possible et qu’il faut savoir gérer ce cas s’il se présente », tempête Agnès Uwamahoro, Psychologue.

Ainsi verra-t-on les femmes qui mettent au monde avant neuf mois de mariage, d’autres couples adoptent des enfants, les maris réintègrent les enfants de leur jeune âge ou se marient aux mères.

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Jean Baptiste Karegeya

 

 

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