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Sida en Afrique : Les hommes sont premières victimes, craignant le stigma

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Moins susceptibles de se faire dépister et d’avoir accès aux traitements, majoritaires chez les prisonniers et les usagers de drogues… En Afrique, comme partout ailleurs dans le monde, les hommes représentent « l’angle mort » de la lutte contre l’épidémie de VIH.  En Ouganda, certains hommes ont déclaré préférer éviter de connaitre leur état sérologique et recevoir des traitements vitaux car ils ont associé le fait d’être séropositif au VIH avec la stigmatisation de l’émasculation. JA

Selon un rapport de l’Onusida publié ce 1er décembre à l’occasion de la journée mondiale contre le Sida, une personne est infectée par le virus du sida toutes les 17 secondes, faisant que plus de 25 millions d’africains sont infectés en 2017.

En Afrique subsaharienne, les hommes qui vivent avec le VIH ont ainsi 20 % de chances en moins de connaître leur état sérologique que les femmes et les filles séropositives, et sont moins susceptibles à 27 % d’avoir accès au traitement. Une étude menée en Afrique du Sud par l’Onusida a par ailleurs montré que 70 % des hommes décédés de maladies associées au sida n’ont jamais cherché à se soigner.

En cause, selon le directeur exécutif de l’Onusida, Michel Sidibé, la persistance d’un « certain machisme et de préjugés qui ne créent pas les conditions pour une sexualité débarrassée du virus ». « En Ouganda, par exemple, certains sondés ont préféré éviter de connaître leur statut sérologique pour éviter un stigmate associé à l’émasculation », analyse-t-il.

Ce décalage est aussi le résultat de « services de santé conçus pour les femmes, où ces dernières peuvent plus facilement se faire dépister lors d’examens prénataux par exemple », poursuit le directeur de l’agence onusienne. Les hommes consultent les services de soins de santé moins fréquemment que les femmes, ont moins de contrôles de santé et sont diagnostiqués d’une maladie mortelle à des stades plus tardifs que les femmes.

« Lorsque les hommes ont accès aux services de traitement et de prévention du VIH, apparait alors un triple dividende » ajoute M. Sidibé. « Ils se protègent eux-mêmes, ils protègent leurs partenaires sexuels et ils protègent leurs familles. »

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Plus la mortalité  descend sur le continent, elle augmente chez les adolescents

Le directeur exécutif d’Onusida se montre cependant optimiste sur l’évolution générale de l’épidémie. « Nous sommes en train de briser la colonne vertébrale de la maladie », affirme-t-il, confiant. Le nombre de nouvelles contaminations, rappelle-t-il, a ainsi chuté de 48% par rapport à 2005, année qui représente le pic de l’épidémie.

À l’heure actuelle, 36,7 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, la majorité d’entre elles, soit 25 millions, sur le continent, dont 11 millions qui n’ont pas accès à un traitement. Avec d’importantes disparités : 6 millions de séropositifs en Afrique centrale et de l’ouest, contre 19 millions en Afrique australe et de l’est.

L’Afrique de l’Ouest concentre désormais 90% des nouvelles contaminations. Cette dernière année, on y a même noté une hausse de 35% des morts liées au sida chez les adolescents de 15 à 19 ans ». Signe d’un phénomène plus général : si la mortalité descend partout sur le continent, elle augmente chez les adolescents, et notamment chez les jeunes filles.

De plus, « l’Afrique de l’Ouest concentre désormais 90% des nouvelles contaminations », surenchérit Michel Sidibé, qui appelle à cibler désormais les grandes villes.

Ce rapport met en évidence des données issues de l’Afrique subsaharienne, indiquant que l’utilisation de préservatifs durant les rapports sexuels avec un partenaire non régulier est faible parmi les hommes plus âgés, qui sont également plus susceptibles d’être séropositifs au VIH. 50 % des hommes âgés de 40 à 44 ans et 90 % des hommes âgés de 55 à 59 ans ont déclaré ne pas utiliser de préservatif. Ces données sont conformes aux études indiquant un cycle de transmission du VIH des hommes plus âgés vers les femmes plus jeunes, et des femmes adultes vers les hommes adultes d’âge similaire dans des zones à forte prévalence du VIH.

Langle mort montre également que la prévalence du VIH est constamment plus élevée parmi les hommes dans les populations clés.

Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes sont 24 fois plus susceptibles de contracter le VIH que les hommes dans la population générale.

En prison, où 90 % des détenus sont des hommes, la prévalence du VIH est estimée entre 3 % et 8 %. Toutefois, les préservatifs et les services de réduction des risques sont rarement rendus disponibles auprès des détenus.

« Le concept nocif de la virilité et des stéréotypes masculins créent les conditions pour transformer la sexualité sans risques, le dépistage du VIH et le suivi du traitement, ou même simplement le fait d’avoir une conversation sur la sexualité en véritable défis pour les hommes, » ajoute M. Sidibé. « Mais les hommes doivent prendre leurs responsabilités. Cette provocation coûte des vies. »

Le rapport met également en évidence le besoin d’investir en faveur des garçons et des filles à un âge précoce, afin de s’assurer qu’ils ont accès à une éducation complète à la sexualité adaptée à leur âge, qui lutte en faveur de l’égalité des sexes et est basée sur les droits de l’homme, afin de créer des relations saines et promouvoir un comportement sain pour les filles et les garçons.

Langle mort indique qu’en permettant aux hommes de demeurer séronégatifs, d’être dépistés régulièrement et de débuter et de rester sous traitement s’ils sont diagnostiqués séropositifs, les bénéfices ne vont pas seulement améliorer les résultats en matière de santé des hommes, mais ils contribueront également à réduire les nouvelles infections du VIH parmi les femmes et les filles et à transformer les normes sexuelles préjudiciables.

Afrique de l’Ouest et  centrale

En 2016, il y avait 6,1 millions de personnes vivant avec le VIH en Afrique de l’Ouest et centrale, dont 56 % sont des femmes.

Près de 370.000 nouvelles infections sont détectées, mais elles ont diminué de 9 % entre 2010 et 2016.

À noter, 310.000 personnes sont mortes de maladies liées au sida en 2016, bien que le nombre de décès a diminué de 21 %,

Il y avait 60.000 nouvelles infections par le VIH chez les enfants d’Afrique de l’Ouest et centrale en 2016, un chiffre en diminution avec 33 % de nouvelles infections en moins.

Afrique de l’Est et du Sud

En 2016, il y avait 19,4 millions de personnes vivant avec le VIH en Afrique orientale et australe et parmi elles, les femmes et les filles représentent plus de la moitié (59 %).

Mais l’infection tue toujours dans ces deux régions d’Afrique, et l’ONUSIDA a annoncé que 420.000 personnes sont mortes de maladies liées au sida en 2016, malgré une diminution de 42 %.

Face au virus, les procédures médicales sont davantage utilisées et 11,7 millions de personnes ont eu accès au traitement antirétroviral, soit 60 % de toutes les personnes vivant avec le VIH dans la région, dont 67 % des femmes adultes (15 ans et plus) et 51 % des hommes adultes.

Du côté des enfants, 77 000 nouvelles infections ont été détectées bien que, depuis 2010, il y a eu une diminution de 56 % des nouvelles infections par le VIH chez les enfants dans la région.

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Jean Baptiste Karegeya

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